Lundi 9 mars 2009

Soyons réalistes, exigeons l'impossible ! Dépassé ce slogan de mai 68 ? Au contraire, il est plus que jamais d'actualité.

Regardez autour de vous. Une conclusion est évidente : notre monde est devenu "adulte". Il a abandonné ses rêves et n'évolue plus. Où que l'on aille, on retrouve ce même réalisme désespérant. Essayez donc de dire qu'il faut changer les choses et on vous répliquera avec un sourire narquois : "Tu as encore beaucoup de choses à apprendre de la vie. Ce n'est pas toi qui va changer le monde.". Vraiment ? Doit-on tout accepter sous prétexte qu'il s'agit de l'ordre établi ? Non, on peut changer les choses. Et ce programme tient en un mot : UTOPIE.

Mais qu'est-ce que c'est l'utopie ? A l'origine, c'est le titre de l'œuvre majeure de Thomas More, humaniste anglais de la Renaissance. Dans son livre, il décrit une société idéale, dont les institutions permettaient à chacun de vivre libre et en paix. On retrouve l'Utopie chez un autre humaniste : François Rabelais. C'est le pays où vivent les géants Gargantua et Pantagruel qui représentent selon Rabelais l'idéal vers lequel l'humanité doit tendre.

Le mot utopie vient du grec "ou"=non et "topos"=lieu. Un non-lieu. L'Utopie n'est nulle part. C'est seulement une vue de l'esprit. Ce qui amène la définition actuelle de l'utopie : une idée ou un projet irréalisable, impossible. Ou plutôt qui semble irréalisable. On a trop tendance à confondre impossible et improbable.

L'utopie s'oppose naturellement au réalisme. Les réalistes affirment que leur pensée relève du "bon-sens". Ils prétendent que l'utopie est mauvaise car irréalisable et qu'elle donne de faux espoirs. Le résultat de leur mainmise sur le monde est éloquent. Nous nous enfonçons dans la morosité. Les politiques n'ont que le mot efficacité à la bouche. Ceux qui tentent de percer la grisaille ambiante (au hasard, les artistes) sont traités comme des parasites. Tout est fait pour étouffer les rêves dans l'œuf. Et que ce passe-t-il quand des gens, en particulier des jeunes, ne voient aucun attrait à leur vie aussi loin qu'ils regardent ? Ils font des conneries : volent, se battent, brûlent des voitures, se shootent, font les cons en bagnole, se suicident... On tient là l'une des causes majeures de l'insécurité.

Mais pourquoi l'utopie a-t-elle si mauvaise réputation ? C'est pourtant elle qui fait avancer le monde. Il faudrait quand même se rappeler q'en 1788, l'idée de démocratie en France paraissait absurde à la plupart des gens. Ce sont des utopistes qui ont mené le combat, qui ont réclamé l'inimaginable. Car l'utopie'est pas réellement l'impossible. Elle en a tout l'air mais ne l'est pas. En réalité, rien n'est impossible. Au XIXe siècle, les congés payés, le SMIC, la réduction du temps (35 heures mises à part) de travail étaient impensables. Aujourd'hui, ils sont entrés dans les mœurs.

Si'utopie a si mauvaise presse, c'est parce qu'elle dérange une certaine élite (de droite comme de gauche) qui contrôle la majorité des médias, qui n'a aucun intérêt à ce que les gens réclament de véritables changements et qui a donc réussi à installer son réalisme (conservatisme ?) comme seule pensée envisageable. C'est de là que vient l'immobilisme de notre société.

Mais rien n'est heureusement foutu. Retrouvez donc vos rêves de gosses. Ce sont les utopistes qui font avancer le monde et les réalistes qui le retiennent... Choisissez votre camp. Et n'oubliez que ceux qui ont aboli l'esclavage et la peine de mort, inventé la démocratie et les congés payés sont des adultes qui ont continué à rêver à l'impossible comme les enfants. Et que ceux qui ont inventé la guerre et la dictature étaient des gens "réalistes". Si on réclame énormément, on aura forcément pas tout, mais on aura gagné plus qu'en ne réclamant rien. Et méditez donc cette chanson de Jacques Brel, "L'homme dans la cité" :

"Pourvu que nous vienne un homme, aux portes de la cité
Et qu'il ne soit pas un baume, mais une force une clarté
Et que sa colère soit juste jeune et belle comme l'orage
Qu'il ne soit jamais ni vieux ni sage."

Bref, gardez espoir, réclamez l'impossible. L'avenir appartient aux utopistes. Sachez le saisir.


Par Jaurès - Publié dans : Crise
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